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02.05.2022 Management

Interview de Marielle Vérot, Formatrice en Management

Experte en intelligence émotionnelle, Marielle Vérot-Ricottier accompagne et soutient des dirigeants, des managers et leurs équipes dans le développement de leurs compétences émotionnelles. Révéler les potentiels émotionnels en favorisant la prise de conscience et la responsabilité face à l’empreinte laissée sont, pour elle, des facteurs clés de bien-être et de performance.

« Véritable capital, l’émotion quand elle est partagée permet de resserrer les liens de confiance entre les individus. »

– Marielle Vérot-Ricottier, Formatrice pour les cours « Intelligence émotionnelle » et « Enrichir ses compétences émotionnelles » Extrait de son passage à l’émission de radio « Tribu » du 10 janvier 2022 avec Julien Magnollay.
Tribu – Radio Télévision Suisse Romande, le 10.01.2022

C’est un terme qu’on entend désormais assez souvent, l’intelligence émotionnelle. Elle est vue comme une qualité différente mais importante notamment dans le monde du travail. De quoi s’agit il ? Existe-elle vraiment ? En quoi est-elle différente de l’intelligence et des autres états émotionnels ? Pour en parler, Tribu reçoit Marielle Vérot-Ricottier, coach en intelligence émotionnelle et thérapeute.

– Julien Magnollay, Interviewer

Julien M. : C’est quoi, l’intelligence émotionnelle ?

Marielle V. : C’est notre capacité à décoder et comprendre l’émotion dans le but de pouvoir utiliser cette information et en faire une ressource.

Julien M. : Donc décoder, c’est à dire que l’IE nous permet de pouvoir comprendre votre état émotionnel ?

Marielle V. : Oui, dans un premier temps, on va déjà s’intéresser à ce qui se passe en nous-même, à comprendre ce qui nous habite, on va aller chercher les informations de nature émotionnelle, c’est-à-dire comment l’émotion se manifeste, qu’est-ce qu’on ressent intérieurement. C’est une base pour ensuite pouvoir décoder et comprendre l’émotion chez l’autre. Il y a dans l’intelligence émotionnelle ces deux côtés, se comprendre et comprendre l’autre, c’est cela l’empathie.

Julien M. : Quand on dit comprendre ce qu’il ce passe chez nous, nos émotions, est-ce juste les comprendre mais est-ce aussi les dompter ?

Marielle V. : Tout à fait, les « dompter » c’est pouvoir les orienter dans leur côté positif. Dans l’intelligence émotionnelle on va aller vers un accueil inconditionnel de l’émotion. On parle vulgairement d’émotions positives et négatives. En fait, dans l’intelligence émotionnelle, on ne va pas parler de positif ou de négatif mais plutôt d’un côté plaisant ou déplaisant. Il y a des émotions agréables à ressentir et des émotions désagréables à ressentir. Mais chaque émotion à une bonne intention, puisqu’elle va servir à notre adaptation en nous renseignant sur ce qui se passe dans notre environnement. Elles sont des clés qu’il va falloir comprendre pour mieux agir.

Julien M. : Donc toute émotion au fond est bonne à prendre ?

Marielle V. : Exactement, c’est un des premiers travaux à entreprendre avec les managers et dirigeants mais aussi avec toutes les personnes auprès de qui on va intervenir, enfants, enseignants. Le but est de comprendre ces émotions qui viennent parfois nous chambouler intérieurement, accélérer notre rythme cardiaque, modifier notre respiration. Ce n’est pas toujours facile à gérer, mais en comprenant qu’elles ont un rôle majeur à jouer dans notre adaptation et en les régulant, on va pouvoir mieux les orienter car la peur et la colère sont des émotions extrêmement utiles.

Julien M. : Vous parlez du monde du travail. Pourquoi est-ce que le milieu professionnel s’intéresse particulièrement à l’intelligence émotionnelle ?

Marielle V. : L’émotion va nous pousser à agir. Dans le monde professionnel on constate que nous sommes engagés pour nos compétences techniques, nos qualités, mais dans le quotidien, on se rend compte que les comportements vont avoir une influence importante. Les personnes ne sont pas licenciées à cause de leurs compétences mais parce qu’elles se comportent de manière inadéquate.


❝ Il y a dans l’intelligence émotionnelle ces 2 côtés, se comprendre et comprendre l’autre ❞

– Marielle Vérot

Julien M. : Dans le temps, on engageait des personnes qui imposaient l’autorité et parfois se montraient très dures. Or, maintenant on dit parfois qu’il y a des personnalités “toxiques” qui sont trop dures et qui génèrent beaucoup de dégâts autour d’elles. C’est ce regard là qui à changé ?

Marielle V. : Oui, on parle aujourd’hui d’empreinte émotionnelle laissée, c’est à dire qu’est-ce que je diffuse, en quoi mes émotions peuvent influencer le comportement de mes collaborateurs.

Ces influences ne vont parfois pas dans la direction souhaitée et vont nous éloigner des objectifs, de la performance mais aussi du bien-être au travail. C’est une question d’actualité, on parle aujourd’hui de bien-être au travail et le manager a une influence sur la qualité de vie au travail.

Julien M. : Est-ce que le ou la manager doit montrer ses émotions, quelques qu’elles soient ?

Marielle V. : C’est une bonne question. Montrer ses émotions, c’est avoir pris le temps de les identifier et de repérer les déclencheurs, c’est une étape importante. Montrer ses émotions à n’importe quelle intensité et exploser au bureau n’est socialement pas correct et peut avoir des conséquences négatives pour soi et pour l’autre. Nous allons donc apprendre à les réguler, on va s’interroger sur ce qui se passe : “ma colère à ce niveau d’intensité est-elle bonne à communiquer ? « . Cela ne veut pas dire qu’il faut se priver de la colère et la refouler car il est nécessaire de poser des limites et de dire non. Réguler nos émotions pour qu’elles soient à la bonne intensité permet à l’autre de mieux les entendre et l’émotion, bien régulée, sera alors bénéfique à la relation, au travail et à l’individu.

Julien M. : Dans le monde du travail, une émotion qui revient souvent, c’est le stress. Nous savons qu’il est extrêmement contagieux. Quelqu’un sous stress va stresser toute les personnes autour d’elle. Toute émotion est bonne à prendre, le stress peut être utile mais il fait aussi des dégâts.

Marielle V. : Le stress n’est pas une émotion en soi, il est sous-tendu par l’émotion de la peur mais d’autres peuvent venir en cascade comme la culpabilité etc. Le stress est un état.

Julien M. : La peur est en fait derrière le stress ?

Marielle V. : Le stress est un déséquilibre entre des contraintes extérieures perçues et nos ressources internes. C’est ce déséquilibre qui va amener à un état de stress, de peur de ne pas y arriver, ne pas avoir assez de temps pour faire les choses et mettre la pression à l’individu.

Julien M. : On parle de l’émotion au travail, il y a aussi des personnes qui se plaignent que leur chef est trop dans l’émotionnel, tout le temps à l’utiliser pour les embrigader. Ce n’est pas une preuve d’intelligence émotionnelle que de tout le temps travailler avec l’émotion.

Marielle V. : L’émotion va nous permettre d’influencer notre environnement. On voit chez l’enfant que la tristesse par exemple va nous mettre en empathie avec lui. Donc, oui l’émotion peut être manipulatrice.

Ce qui est important, c’est l’intention derrière l’émotion. Qu’est-ce qu’on veut au final pour soi et pour l’autre. Améliorer la performance et le bien être pour réaliser des objectifs communs ? Ou est-ce qu’on a envie que la personne fasse juste ce que nous avons envie ? Ce n’est pas du tout la même chose.

Julien M. : Est-ce que cette intelligence peut être travaillée, musclée ? Ou est-ce que c’est quelque chose qu’on a ou pas ?

Marielle V. : L’intelligence émotionnelle se développe, quel que soit l’âge et niveau de départ. En fait dans l’intelligence émotionnelle il y a deux dimensions, le diagnostic d’une part et les stratégies de régulation à porter en fonction de nos objectifs. Il existe des tests comme le QEPro, reconnu scientifiquement, qui nous permet de mesurer notre intelligence émotionnelle et repérer nos forces et nos points de développement émotionnel et des formations.

Julien M. : Nous parlons beaucoup des managers. Est-ce que c’est la même chose pour les employés de devoir muscler leurs intelligences émotionnelles, pas seulement les chefs ?

Marielle V. : Oui tout-à-fait, et nous pouvons le voir dès la petite enfance. Muscler son intelligence émotionnelle c’est mieux se comprendre, avoir plus de cohérence et d’authenticité. Si nous sommes triste, il y a eu un déclencheur. Pour rebondir, on va devoir comprendre cette émotion, l’accueillir et l’accepter.

Julien M. : Nous parlons beaucoup des managers. Est-ce que c’est la même chose pour les employés de devoir muscler leurs intelligences émotionnelles, pas seulement les chefs ?

Marielle V. : Oui tout-à-fait, et nous pouvons le voir dès la petite enfance. Muscler son intelligence émotionnelle c’est mieux se comprendre, avoir plus de cohérence et d’authenticité. […].

❝ L’intelligence émotionnelle se développe. Quelque soit l’âge et niveau de départ. ❞

– Marielle Vérot

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